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Quelques questions et leurs réponses.

-En quelle année Mozart compose-t-il cet opéra ? En 1787.

-Qui en a écrit le livret ? Lorenzo Da Ponte.

Quelle est l’une des particularités de Don Giovanni ? Il mélange des éléments comiques (opera buffa) et tragiques (opera seria).

-Quels sont les personnages principaux de cette œuvre ?

Don Giovanni, libertin, baryton. Leporello, serviteur de DG, baryton. Donna Elvira, soprano, Donna Anna, soprano. Le Commandeur, baryton, Don Ottavio, ténor. Zerlina, soprano, Masetto, baryton.

Dans quelle ville cet opéra a-t-il été créé ? A Prague, avec un immense succès. Mais la création viennoise en 1788 rencontrera un accueil très mitigé. (Public très conservateur).

Résumé de la première scène 

Le jardin de la maison de Donna Anna, la nuit.

Leporello monte la garde devant la maison dans laquelle Don Giovanni s’est introduit afin de séduire Anna, fille d’un haut dignitaire, le Commandeur, et fiancée d’Ottavio (introduction « Notte e giorno faticar »). Soudain, Anna apparaît, poursuivant Don Giovanni. Elle veut savoir qui il est et appelle à l’aide ; le Commandeur survient et provoque en duel le séducteur, qui le blesse mortellement (« Ah ! Soccorso ! ») puis prend la fuite sans avoir été reconnu.

Commentaire de la scène.

Après une ouverture donnant bien le ton général de l’opéra, car elle mélange deux parties bien distinctes, l’une tragique, l’autre très enjouée, apparaît donc le premier personnage, Leporello.

Celui ci se lamente sur son sort. Ligne mélodique simple, tout d’abord en paliers ascendants, en rapport avec la psychologie assez sommaire du personnage. Remarquer que dans son air, Leporello utilise une même mélodie pour dire deux choses assez contradictoires : « je ne veux plus servir » (révolte) et « je ne veux pas me faire entendre » (peur). Procédé astucieux par lequel un seul élément mélodique peut exprimer deux sentiments opposés.

Entre Don Giovanni, poursuivi par Anna. C’est cette dernière qui lance le thème. Mélodie impétueuse et fougueuse à laquelle répond DG de la même manière. Il est ici en position de faiblesse car poursuivi donc ce n’est pas lui qui a l’initiative de la phrase. En opéra, c’est toujours le personnage dominant qui possède l’initiative du thème. (Voir par exemple Carmen : Près des remparts de Séville). Le dialogue qui suit donne à entendre un jeu de réponses entre les deux protagonistes mêlé à des interventions de Leporello qui manifeste sa crainte d’être présent. (« Si je pouvais au moins partir d’ici »).

Survient alors le Commandeur qui accourt pour défendre sa fille. Il provoque DG en duel mais tout d’abord ce dernier refuse le combat. Le Commandeur le provoque à tel point qu’il finit par accepter ce duel et blesse mortellement son adversaire.

C’est alors l’extraordinaire moment de la mort du Commandeur.

Sur un accompagnement en arpèges par les violons et des pizzicati de basses:

arpege basses.jpg

Les trois personnages mis en scène chantent en contrepoint. On entend :

-Le Commandeur qui expire, avec un ligne vocale hachée de silences.

voix commandeur..jpg

-Don Giovanni qui contemple la scène et qui possède le registre le plus aigu.

voix DG..jpg

-Leporello, effrayé par ce qu’il voit et qui possède le registre le plus grave, et qui chante tout d’abord sur de grands intervalles descendants de septièmes diminuées.

voix Leporello.jpg

Trois positions, trois psychologies différentes se trouvent donc superposées dans cette scène. Le procédé est fréquent en opéra. On le nomme contrepoint dramatique.

Le contrepoint est une technique d’écriture complexe qui consiste en la combinaison de différentes lignes mélodiques. Pour ce qui concerne l’opéra, à cette dimension polyphonique de la musique va se rajouter une dimension dramatique prodigieuse, puisque le contrepoint va permettre ici de superposer des caractères humains différents et bien marqués. Ici, le Commandeur qui expire représente la Mort. Don Giovanni contemple ce spectacle, alors que Leporello, lui, représente le peur que nous avons tous face à cette Mort. A ce moment de la scène, la musique nous transporte ainsi dans une dimension totalement allégorique.

Voici pour écouter les trois voix en même temps, avec l’accompagnement des violoncelles en pizzicati et des violons 1 en arpèges.

Voici également les voix « de remplissage », jouées par le groupe bassons-cors-violon 2- altos:

le remplissage..jpg

Voici pour finir tout l’orchestre, sans les voix:

A la fin, flûtes et hautbois viennent donner une touche d’éclairage, puis la scène se termine de manière ouverte.

Ainsi dans l’opéra Don Giovanni, la Mort est présente dès le début, et elle va hanter l’oeuvre jusqu’à sa conclusion, lorsque le spectre du Commandeur se rendra à l’invitation à souper de Don Giovanni.

Quelques mots sur l’ouverture de cet opéra.

L’ouverture de Don Giovanni possède dès son début les caractéristiques des grandes œuvres tragiques.

-Des accords en tutti d’une force écrasante.

accords ouv DG

-Des accords implacables joués en rythme trochaïque au caractère funèbre. (Un trochée est un élément rythmique donnant à entendre une note longue suivie d’une brève).

trochées.jpg

-Un motif en balancier, qui semble scander le temps, nous rappelant que celui ci est compté.

le balancier.jpg

-Un discours très modulant et des chromatismes.

Tous ces motifs musicaux se retrouveront dans l’avant dernière scène, lorsque survient le spectre, donnant ainsi à l’oeuvre son unité organique. On retrouvera en effet les accords en tutti, le balancier ainsi que les rythmes en trochées.

Si l’on regarde le film Amadeus de Milos Forman, on y voit la scène dans laquelle le spectre se rend à l’invitation de Don Giovanni. Dans le film, l’opéra se termine sur cette scène alors que dans la partition, la scène conclusive de cet opéra est en réalité une scène qui réunit tous les personnages (à l’exception bien entendu du libertin), et qui se termine dans la tonalité de ré majeur. Dans la pièce de Molière, après la mort de Don Juan, Sganarelle se lamente en se demandant qui va lui payer ses gages. Dans l’opéra, les personnages concluent en déclarant que « la mort des perfides est toujours égale à leur vie ».